Renaud du Peloux, auteur

Renaud du Peloux

Auteur

L'Initié

Thriller financier · Le Cherche-Midi éditeur · Disponible en janvier 2027

Un repenti de la finance rejoint l'AMF, l'Autorité des Marchés Financiers, le "gendarme de la bourse". Son métier est désormais d'enquêter sur les patrons, les entrepreneurs, et les banquiers peu scrupuleux, dont il a fait partie. Il espère ainsi donner un sens à sa vie. Il ignore encore que la frontière entre bien et mal est loin d'être aussi nette.

01Pourquoi un thriller sur la finance?

La finance se prête bien au roman policier, parce que c'est un monde mystérieux. Mis à part ceux qui y travaillent, personne n'y comprend rien. On tend à croire que ce mystère vient de la complexité, que la finance est opaque parce qu'elle est difficile. Mais en réalité, les financiers ne veulent pas que nous comprenions leur métier. Ils ont intérêt à ce que le public reste dans l'ignorance. Moins on en sait, plus ils ont de liberté pour agir. On dit souvent que la principale qualité d'un banquier c'est la discrétion. Les meilleurs banquiers, ceux qui réalisent le plus de profits, sont ceux qui passent complètement sous le radar.

Il y a donc un mystère inhérent à la finance, que j'ai eu envie de percer. Je me suis interrogé: "Pourquoi est-ce que je n'y comprends rien? Qu'est-ce qu'on essaie de me cacher?" Avant d'en faire un roman policier, j'en ai d'abord fait une affaire personnelle. J'avais envie de comprendre.

Quand j'ai appris que les archives de l'AMF sont en accès libre, je suis devenu hystérique. Imaginez: les plus grands délits financiers de notre pays, expliqués dans le détail! Avec de l'aide (car c'est très difficile à lire) je me suis plongé dans ces enquêtes. Déchiffrer les opérations qui ont cours sur les marchés, les reconstituer, les interpréter, c'est le métier de l'AMF. C'est elle qui protège notre épargne. Accessoirement, cela m'a étonné qu'une institution aussi importante soit méconnue.

02La finance est-elle déconnectée du réel?

Pas exactement.

L'économie moderne est à deux vitesses, et c'est un problème qui me fascine. La base de l'économie, c'est ce que j'appellerais l'économie réelle. Un entrepreneur père de famille bâtit une bonne vieille entreprise pour vendre de bons vieux produits, que les gens achètent car ils en ont besoin. Pour mal le dire, l'économie réelle produit des trucs. C'est la base de tout. Sans cette économie-là, il n'y aurait pas l'autre.

Car il y a la finance. La finance prend sa source dans l'économie réelle. Quand l'entreprise du père de famille grandit et se met à produire beaucoup, de nouveaux intérêts entrent en jeu. Il y a de l'argent qui entre, qui sort. Cela pose la question de l'emploi de cette trésorerie. Et si elle entre en bourse, la société reçoit des investissements et doit verser des dividendes.

Un nouveau monde est créé. C'est la finance. Elle provient de l'économie réelle, elle est intimement liée à elle. Ce qui s'échange sur les marchés financiers, ce sont les titres des sociétés cotées, les matières premières et les produits de l'industrie. Il y a donc un lien très fort.

Mais il est vrai que la finance a tendance à vivre sa vie. Comme elle possède ses propres règles, elle suit sa propre logique. Et il arrive que des logiques purement financières aient des impacts très profonds sur l'économie réelle. C'est le cas des crises, par exemple.

J'ai voulu comprendre ce lien. J'ai voulu comprendre comment "l'économie à la papa" donne naissance à la spéculation et comment cette spéculation, à son tour, reflue vers l'économie réelle.

03Les financiers sont-ils des tricheurs?

Une image colle à la peau des financiers. On ne leur fait pas confiance. On leur prête des intentions de tricheurs. D'où cela vient-il?

Il semblerait que ce ne soit pas tout à fait infondé. Quand on travaille en tant que financier, on a accès à des informations confidentielles. Une intention de vendre, d'acheter, de fusionner… Ce sont des informations confidentielles, qui s'échangent dans le cadre de discussions privées, de négociations. Or une des règles des marchés est qu'il ne doit pas y avoir d'asymétrie d'informations. Si on accède à des informations privilégiées, on n'a pas le droit de les utiliser pour spéculer.

On comprend que dans ce contexte, elles sont nombreuses, les tentations qui entourent le financier. Il possède des informations dont il peut tirer un profit malhonnête. Cela ne veut pas dire que tous les financiers sont des tricheurs! Mais cela veut dire, certainement, que c'est un métier rempli de tentations. Dans la plupart des autres métiers, il n'y a pas autant d'opportunités de tricher, loin de là.

04Les financiers sont-ils cyniques?

Un autre trait de caractère qu'on prête souvent aux financiers est le cynisme. Le financier porterait sur le monde un regard amoral, voire immoral, méprisant. D'où cela vient-il?

Il est vrai qu'un financier peut gagner beaucoup d'argent en peu de temps. Comme la finance n'est que de l'information qui circule, ça peut aller très vite. Vous apprenez que le cours d'une action va monter, alors vous achetez, vous revendez, et si vous aimez le risque, vous jouez avec de gros volumes ; tout cela se fait très rapidement. En finance, on peut gagner quelques millions en quelques heures.

Or l'homme du commun sue sang et eau pour gagner son pain. Il l'économise patiemment. Même s'il le voulait, il n'existe pas, dans son métier, de raccourci vers la richesse. Il doit courber l'échine et se soumettre au temps long.

Le financier ne connaît pas ce frein. Alors s'il gagne autant d'argent si rapidement, il lui est difficile, je pense, d'échapper à un sentiment de puissance. Il lui est difficile de ne pas devenir arrogant.

05Les financiers sont-ils intelligents?

Du fait de ce mystère qui entoure la finance, on s'attend à une discipline complexe. Il n'en est rien.

La première chose qui frappe en se plongeant dans les affaires traitées par l'AMF, c'est leur très grande brutalité. Les méthodes employées par les financiers ne sont pas du tout raffinées. Souvent, on a l'impression d'être à une table de poker: un joueur fait tapis en guise de bluff, pour obliger les autres à se coucher. Le concept de brutalité ne renvoie pas nécessairement à la brutalité physique: faire pression, intimider, faire peur, menacer... ce sont des comportements brutaux. En ce sens, la finance est un environnement très brutal. Elle demande de l'intelligence, évidemment, mais avant tout, un tempérament de brute.

Lorsque j'ai découvert cette brutalité, ça m'a fait un choc. Un gros choc. C'est ce choc que j'ai voulu transmettre au lecteur. Mon projet était qu'il puisse comprendre ce que c'est, humainement parlant, de travailler dans ce milieu.